Edito du 24/02/2012

Au fond du gouffre

Si il persistait des hommes et des femmes honnêtes, démocrates et républicains, prêts à épouser les idée de Marine Le Pen en lui donnant leur bulletin de vote, l’émission « Des paroles et des actes » d’hier soir a dû refroidir ses plus fervents admirateurs. Une douche froide pour les partisans frontistes devant tant de vacuité, tant de stupidité et tant d’arrogance stérile.

Marine, surfant sur sa place de troisième homme dans les sondages pour le premier tour, pouvait pourtant s’enorgueillir d’être la seule invitée d’une émission politique face au peuple. Elle aurait certainement préféré à posteriori se casser une jambe dans les escaliers afin d’éviter ce capharnaüm vide de sens.
Sans cesse à la recherche de sa propre dédiabolisation, la fille de son père se montre souriante, affable et calme pour définitivement faire oublier l’image du père.
En plein complexe d’Oedipe, elle ne paraît plus savoir comment si prendre pour à la fois tuer son père tout en le sauvant car il représente pour beaucoup d’électeurs frontistes l’image historique du front national. En effet comme le pensait Freud : Vouloir tuer le père peut aussi signifier vouloir sauver le père, car si je ne suis plus que le père, ou la loi, je suis le dernier des réprouvés. Je ne m’étendrai pas sur ce sujet bien que la personnalité de Mme Le Pen demanderait bien bon nombre d’analyses psychanalytiques.
Elle se veut drôle et ne craint pas le trait d’humour, quitte à parodier Dalida pour singer Sarkozy…La politique du clown;
Dès que les questions de fond arrivent, on s’attend à ce que la Marine soit dans son élément. On attend de la dialectique sans trop de rhétorique, de la pédagogie, de la vérité et de la clarté. Pourtant à la première question sur l’économie,  pierre angulaire de son projet politique, la candidate du front national se perd dans des explications qui ne semblent même pas la convaincre elle-même. Elle cherche ses mots et se perd en conjectures plus proches de l’économie pour les nuls que d’une possible présidentiable.

Entourée par ses fiches, ses feuillets, ses notes et ses journaux, elle patauge et se noie peu à peu dans son fatras d’incohérence.
La sortie de l’Euro n’entraînerait selon elle, qu’une faible dépréciation de la nouvelle monnaie par rapport à la monnaie unique. Lors de la présentation de son programme elle parlait d’environ 9%, or une majeure partie des économistes table plutôt sur une dépréciation d’environ 20% qui plomberait la dette publique d »environ 220 milliards supplémentaires.
La plupart des propositions de la candidate sans signature sont quasiment impossible à mettre en place car elles se heurteraient aux négociations avec les partenaires Européens, et aux différentes règles, décrets et traités régissant la communauté des pays membres.
L’émission est pavée de petites phrases prédigérées et marquant toujours les mêmes lancinantes prédications:
« Nicolas Sarkozy cherche depuis son entrée en campagne à faire oublier son bilan, » dit Marine Le Pen, « et mon rôle c’est de dire aux Français ‘vous avez été trompés, vous avez été trahis’ ».
« Ils ont exactement la même vision, ils sont chacun pour la défense et le sauvetage de l’euro, pour les plans de renflouement », dit Mme Le Pen à propos de MM. Hollande et Sarkozy.
« J’ai levé le tabou de la violation de la laïcité, des prières de rue, de la situation de la zone euro », prétend elle.
Lorsqu’on l’a bouscule sur le fait que son père a cité l’écrivain collaborationniste Robert Brasillach samedi à Lille, elle botte en touche et se présente comme celle qui est injustement attaquée, et que la polémique est plus créée par les journalistes eux mêmes que par le discours de son papa.
Robert Brasillach qui fut fusillé à la Libération pour « intelligence avec l’ennemi ». Journaliste à Je suis partout pendant la Seconde Guerre mondiale, il y écrivit notamment ces lignes terrifiantes :
« Il faut se séparer des juifs en bloc et ne pas garder les petits. » Papa le Pen a bien entendu le droit d’aimer la prose de M. Brasillac mais de là à en réciter des vers à chacune des ses apparitions il y a un monde.
La prestation inégale de la candidate continue et on finit même par se demander qu’elle est son intérêt à poursuivre l’émission tant elle y paraît mal à l’aise et mal en point. Sur son projet de d’augmenter de 200€ les salaires situés entre 1400€ et 1600€ net, elle en oublie les effets de seuil. Une personne gagnant 1500 euros passerait à 1700 au second tour, elle se retrouverait donc au-dessus de celui qui en
gagne 1600…Facile à expliquer à ces derniers qu’ils ne font pas partie des bénéficiaires…
L’idée de supprimer l’aide médicale d’état pour les étrangers aussi bien en règle qu’en situation irrégulière s’avèrerait certainement catastrophique. L’AME représente aujourd’hui 450 millions d’Euros environ,
mais il s’agit surtout de préserver la santé publique. Ce n’est pas en supprimant l’AME que nous aurons plus d’argent dans les caisses, mais en régulant l’immigration, en cassant les filières clandestines et en
ayant une réelle politique migratoire censée et juste.
Le débat devient ensuite ridicule avec l’arrivée de M. Mélenchon et la transformation de Mme Le Pen en petite fille craintive se cachant derrière sa suffisance et sa malhonnêteté intellectuelle.
N’en jetons plus, la coupe est pleine…la petite lucarne passe au noir, il est quelque fois mieux de ne pas se perdre à commenter le vide et l’indescriptible bêtise.

 

 

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